lundi 21 décembre 2009

Journal de bord d'une solitaire aguerrie #4....

Lundi 21 décembre 2012, Hôtel Le Pacifique, 14h59

Il lui avait fallu se faire violence pour s’arracher de ses chaleureuses couvertures, dernier refuge à ce séjour ô combien atypique ! Les yourtes, les tipis, les maisons sur pilotis et autres tentes n’avaient plus aucun secret pour elle, mais là, il faut bien le dire, cela dépassait toutes ses espérances !
Après un frugal repas de fruits et de céréales, elle avait pu prendre sa douche quotidienne, se demandant encore comment au milieu de ce carnage, elle avait bien pu survivre, l’eau chaude toujours accessible ! Elle allait en parler de cette ville dans son rapport qu'elle imaginait déjà très attendu, elle serait peut-être même la dernière à pouvoir le faire… De quoi lui faire de la publicité pour les deux siècles à venir… si elle en sortait vivante en tout cas ! Son optimisme, habituellement chevillé au corps et qui faisait d’elle un élément très apprécié dans sa boite, commençait sérieusement à prendre l’eau. La télé ne fonctionnait plus, tout au moins n’apparaissaient sur l’écran que de vagues pointillés inutiles, et les moyens de communication « terrestres », comme ils disaient dans leur jargon, ne lui étaient pour le moment d’aucun secours… Bref, il allait bien falloir qu’elle aille faire une petite expédition en dehors de l’hôtel, essayer de trouver d’autres âmes qui vivent…

Elle prit son petit sac de voyage, usé jusqu‘à la corde mais qui la suivait partout depuis qu’elle avait commencé ce métier, une sorte de superstition pensait-elle, y mis deux trois paquets individuels de céréales et une grande bouteille d’eau. Elle y ajouta son passeport au cas où, enfila un jean et un T-shirt qu’elle avait eu la bonne idée d’emporter et ferma la porte de ce qui était devenu son QG. Elle ne se sentait pas franchement à l’aise, seule dans ce dédale de couloirs et de chambres vides. Elle arriva sur le perron du palace et resta quelques minutes ébahie devant le spectacle de tant de désolation qui s’offrait à ses yeux, éblouis de lumière. Bon sang de bonsoir ! Quel carnage ! Bon sang de bon sang !... Elle ne put retenir un mouvement de recul et de dégoût devant les corps déjà en partie putréfiés qui jonchaient le sol au milieu des décombres. C’est pas le moment de tomber dans les pommes ma vieille… Tu ferais mieux de ne pas trop trainer… Tiens, je vais essayer d’aller faire un tour par là, tout n’a pas l’air d’être complètement détruit… Elle n’en menait vraiment pas large et sursautait au moindre bruit.
Une demi-heure déjà qu’elle errait dans le « quartier », si l’on pouvait encore l’appeler comme cela, mais aucune âme qui vive, pas même un chat ou un chien. Elle avait une furieuse envie de crier que si c’était une blague, elle était de très mauvais goût, et que les plaisanteries les plus courtes… étaient souvent les moins longues ! Mais chacun des cadavres qu’elle croisait sur son chemin lui rappelait qu’elle était désespérément seule et qu’il allait lui falloir faire preuve d’une grande ingéniosité pour se faire repérer par des secours qui brillaient autant par leur inefficacité que par leur absence. Et ce téléphone qui ne marchait toujours pas ! Ca vaut bien le coup de payer une fortune un forfait interplanétaire pour ne même pas pouvoir joindre qui que ce soit à moins de 100 kilomètres à la ronde !

Elle sursauta tout à coup. Elle venait d’entendre un bruit dans les décombres…

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