Lundi 21 décembre 2012, Hôtel Le Pacifique, 9h23
Après une journée isolée du reste du globe à se torturer les méninges et ne sachant quelle décision prendre, elle avait finalement choisi de jouer la carte de la sécurité. Un petit tour dans les cuisines du soi-disant « palace » (elle n’allait décidemment pas les rater !) lui avait permis d’amasser suffisamment de vivres pour tenir le coup encore quelques jours. Son butin était dorénavant en lieu sur, le mini-bar de la chambre ayant trouvé son utilité… La porte de la « suite impériale » fermée à double tours, elle avait essayé, de longues heures durant, de trouver un sommeil qui ne voulait pas venir. Puis, imperceptiblement, elle avait du s’assoupir au fond de ce lit trop grand pour cet isolement imposé.
La lumière éblouissante qui envahissait maintenant la chambre, la tirait péniblement de ses rêves matinaux. « La vie humaine est une rosée passagère », pensa-t-elle. Les docks à l’horizon, elle se laissa porter par ces divagations poétiques auxquelles son esprit encore endormi se livrait les jours de grasse matinée.
L’hôtel était plongé dans un silence assourdissant. La vie autour semblait comme suspendue et cet air de fin du monde qui régnait ici, loin de l’effaroucher - ce qui eut paru fort logique au vu des circonstances – lui donnait un avant-goût de profonde solitude, de nécessaire survie dans un monde qu’elle finissait par trouver désespérant de platitude. Elle avait décidé de faire ce métier, parcourant les quatre coins du monde plusieurs fois par an, afin de ne plus se sentir obligée, de faire semblant d’avoir une vie bien rangée, une petite famille bien proprette, une jolie voiture toute neuve l’attendant au fond du garage afin de rallier cet éternel bureau qui la verrait vieillir sans même qu’elle ne s’en rende compte. Elle voulait déjouer le temps, lui faire un pied de nez malgré son inéluctable avancée. Elle avait tout plaqué : son patron d’abord, un vrai con qui ne pensait qu’à se faire bien voir des autorités ministérielles et dont la carrière n’avait d’égale que le mépris pour ses collaborateurs. Elle gagnait pourtant bien sa vie mais elle n’en pouvait plus de mettre ses compétences au service d‘un tel goujat, fusse-t-til un jour président de la république ! Son ami ensuite, qui, bien qu’intelligent, était d’un ennui à vous faire pleurer un banc de sardines. Son poste de maitre de conférences en génie biomoléculaire à peine accepté, il s’était installé dans une déprimante routine qui semblait parfaitement lui convenir, jamais il ne se posait de questions…
Elle avait tenu bon, quelques longues et interminables années, refusant de relâcher sa vigilance et de s’investir dans une mission qui la faisait fuir d’avance : devenir chargée de famille, et ce, pour le restant de ses jours. Puis un matin, pourtant pas moins inintéressant que les autres, son esprit émergeant doucement d’une tasse de thé encore fumante, elle avait décidé de répondre à cette annonce, si alléchante et faisant écho, chez elle, à tant d’années de frustrations.
2 commentaires:
Que vient-elle donc faire dans cette galère ??? Juste par ennui... ça nous guette tous et toutes, alors.
Ce n'est que mal la connaitre !!! Elle adore les expériences extrêmes... et celle-ci n'est pas prête de la décevoir !
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