mardi 22 décembre 2009

Petit Kafka nerveux !

Je ne peux résister plus longtemps au plaisir de vous faire partager ce grand moment d’anthologie administrative française.
Ames sensibles s’abstenir !
Me voilà donc partie fort courageusement et sous une brume épaisse, flanquée de mon chevelu de fils et de son petit frère, la doudoune fermée à double tours et la fleur au parapluie, direction ce chef d’œuvre d’architecture soviétique qu’est notre prestigieuse mairie de Chartres. La mission paraissait on ne peut plus simple : obtenir un passeport pour chacun des membres de la famille en prévision d’un périple marocain…
C’était sans compter la complexité de la chose, ce que je n’ignore plus désormais !
Halte obligatoire chez le photographe. Passées les tergiversations métaphysiques de mes deux acolytes : « tu commences », « non, toi d’abord », « non, toi d’abord »… et interrompues par un brusque « il faut que l’on voit vos deux sourcils et vos deux oreilles » qui n’a pas manqué de calmer les ardeurs de notre skateur national, nous avons enfin pu démarrer la séance. Remarquez, cela tombait bien, on n’avait pas le droit de sourire et Simon ne semblait pas en avoir très envie après la séance de coiffage qu’il venait de subir par notre charmante preneuse de vue… Il est vrai qu’il n’était pas forcement à son avantage, ce dont il avait visiblement conscience malgré mes timides encouragements. Il a ensuite été plus difficile de faire comprendre à Louis que là, pour une fois, il ne fallait pas sourire à la dame et que ce n’était pas parce que l’on ne l’aimait pas mais bien plutôt parce qu’elle était très patiente et qu’il fallait l’aider dans son travail… Ce fut enfin mon tour… je ne m’étendrai pas sur la question, même si, de manière générale, je porte beaucoup mieux le « chouchou » que ce cher Simon !
Une fois réglé ce dernier détail, nous voilà partis de pied ferme vers une destination si prometteuse…
N’étant plus très sûre du lieu exact des formalités civiles, je m’approchais prudemment de ce qui semblait être l’accueil. Deux hôtesses, aussi occupées l’une que l’autre et respirant la bienveillance me tournaient le dos. La première peinait à trouver ses mots pour expliquer à son interlocutrice où se trouvait la préfecture. Après plusieurs essais infructueux elle finit par sortir de son tiroir magique un plan de la ville que, visiblement, elle ne savait pas trop dans quel sens lire… La deuxième m’ayant vu approcher se réfugia derrière un combiné auquel elle livrait ses pensées les plus profondes. Il y était question de ses derniers achats de Noël et du menu de son repas familial étonnamment prévu le 24 décembre. Elle jetait de temps à autre un coup d’œil à sa chère collègue, cherchant par ce fin stratagème à la rendre coupable de sa propre incompétence.
Prise d’un sursaut de civisme, elle finit tout de même par interrompre cette philosophique discussion d'un « je t’embrasse, et bon Noël au comité d’entreprise de la CAF » … !!! « C’est bien ce qui me semblait, pas un pour rattraper l’autre » aurait dit ma si perspicace grand-mère, habituée des bureaux de postes… Je lui souris tout de même, de compassion, mais cela elle n’en saura rien. Pas besoin de plan cette fois-ci, il suffit de prendre le « premier couloir sur votre droite »… on l’a échappé belle !
Nous voilà enfin dans les entrailles administratives de la nation française, haut lieu de la littérature de notre pays. Pas de ticket en vue… que le meilleur gagne… là je regrette amèrement la morale faite à Louis sur les fourmis… il faut parfois savoir marcher sur quelques pieds pour arriver à ses fins ! Bref, je repère qui était là avant moi, bien décidée à ne pas faire partie de ces orteils écrasés. Quelques courtes minutes d’attente et nous sommes « invités », assez fermement je dois dire, à avancer jusqu’aux chaises qui viennent tout juste de se libérer. « Bonjour madame ». « Bonjour », le « madame » ne semblant plus très à la mode ces derniers temps. « Vous venez pour quoi ? ». Je me pince pour ne pas lui répondre « deux steaks hachés et un pot de rillettes, ma brave dame ». « Je viens pour remplir des formulaires de demande de pièces d’identité et de passeports ». « Comment ça DES ? ». « Je veux dire qu’il me faudrait plusieurs formulaires, deux pour des cartes nationales d’identité et quatre pour des passeports ». Elle semblait avoir compris… c’était déjà un bon début !
Les bons imprimés enfin sortis, la voilà partie dans des explications sans fin sur les différentes pièces à joindre, les timbres fiscaux où non, les photos avec ou sans les sourcils, sans parler de ces sempiternels « extraits d’acte de naissance » que l’on doit se procurer aux quatre coins de la France… on ne m’ôtera pas de l’idée qu’ils sont de mèche avec la poste ! L’entretien commença à se gâter lorsqu’elle finit par comprendre que les enfants n’avaient pas tous le même père… « Mais madame, il va falloir faire remplir les documents par le papa à chaque fois ». « Je viens de vous expliquer que je suis seule à exercer l’autorité parentale sur mes enfants et que donc, cela ne sera pas possible car nous ne savons même pas où se trouve ce monsieur ». Grimace de la dame « ah, ben comment on va faire ? ». Je retins avec grande difficulté je l’avoue, mes nerfs commençant à lâcher un : « Et bien, tu sais quoi, tu vas tout simplement faire ton métier, tu lis le document que je viens de te donner et tu apprends tes leçons qui, si tu l’avais fait correctement, t’auraient inculquées que seules les personnes détenant l’autorité parentale sont habilitées à faire des démarches administratives pour des personnes mineures, andouille !». Je continuais malgré tout stoïquement à sourire, attendant avec impatience la fin du calvaire.
Mais je dois dire que ce que j’ai préféré par-dessus tout, une fois libérée sous les yeux réprobateurs d’une file d’attente dépitée, ce fut la phrase de conclusion de mon fils Simon, toujours si pragmatique, « je sais pas toi, mais moi j’ai rien compris !! »

2 commentaires:

Jeanne a dit…

sa-vou-reux...toutes les mairies sont pareilles, et je retrouve même ce petit arrière-goût stalinien dans l'architecture de la mienne, de mairie...c'est dire!

Guillaume J a dit…

C'est très drôle... et tellemnt vrai !