mardi 29 décembre 2009

Tournez manèges...

Avez-vous déjà songé à l’incommensurable ennui du type qui fait tourner le manège ?
Je ne parle pas de fêtes foraines, où entre gens de bonne compagnie, on doit malgré tout passer du bon temps, une fois que les flons-flons de la fête se sont évanouis ; non, je pense au type, tout seul, avec son petit manège, qui va de ville en ville… avec son gros camion et son pompon.
L’après-midi, la soirée entière passés à voir tourner Mickey, suivi de Dumbo l’éléphant qui ne s’envolera jamais, du camion de pompiers qui, malgré ses sirènes hurlantes, ne pourra jamais doubler la voiture de Batman…
L’après-midi, la soirée entière passés à écouter de la musique ringarde qui tourne en boucle, elle aussi.
L’après-midi, la soirée entière passés à vendre des tickets qu’il récupère deux minutes après dans les mains de Théo, super-héros d’un tour, pilote d’hélicoptère.
L’après-midi, la soirée entière passés à lancer le pompon dans les airs et à l’attribuer, si possible, au petit Matthieu, qui a la chance d’avoir trois frères et sœurs, pour lesquels les parents devront illico passer de nouveau à la caisse ; et les mêmes parents qui les exhortent férocement, -on dirait de vrais supporters de foot-, « Attrape le pompon, mais bon dieu, lève-toi, attrape-le ! Bouge-toi, bordel ! Qui m’a fait cet empoté de gosse ??? »
L’après-midi, la soirée entière passés à contempler papa, maman qui regardent, émerveillés, tourner Léa, trois ans, et lui font un coucou à chaque tour, comme si elle allait disparaître. Et que je te photographie, et que je te filme ; tu penses, un événement pareil ça s’immortalise. « Appuie sur le bouton, mon cœur, ton avion, il va s’envoler… »
L’après-midi, la soirée entière passés à enlever d’urgence des pauvres petits paniqués qui n’ont jamais demandé à piloter une voiture de course. « Quelle trouillarde, ta fille ! »
L’après-midi, la soirée entière passés à écouter pleurer ces chers bambins hystériques qu’on arrache cruellement aux oreilles de Dumbo après x tours d’euphorie complète. Les parents qui raisonnent, argumentent, préparent le terrain. « Attention, cette fois, c’est le dernier tour ! Tu en as déjà fait cinq, tu sais, etc… » ; ce qui ne suffit hélas pas éviter le pire : le gamin qui s’accroche frénétiquement au volant de la soucoupe volante et hurle comme un cochon qu’on égorge. Ceux qui les prennent sous le bras sans crier gare et se sauvent comme des voleurs. Ceux qui menacent : « C’est la dernière fois que je t’emmène », et qu’on revoit le lendemain.
Je me demande ce que le type du manège fait quand il a bouclé le dernier tour, compté ses tickets, bordé Dumbo et Mickey sous leur housse pour qu’ils dorment au chaud et fassent de beaux rêves de manèges enchantés.
Peut-être rêve-t-il que tous ces carrosses, autos, motos, hélicoptères, et autres soucoupes prennent la route ou les airs pour de bon ?
Peut-être rêve-t-il que le camion de pompiers double enfin la voiture de Batman, qui irait s’écraser lamentablement dans un mur – on ne doit jamais retarder les pompiers, non mais! –
Peut-être qu’il a bêtement des enfants qu’il rejoint le soir, et qui n’aiment même plus les manèges tant ils en ont fait de tours ?
Peut-être qu’il prépare une thèse de psycho sur l’éducation des enfants – ceux des autres - ?
Je crois que, demain, je ne pourrai pas m’empêcher d’aller faire du manège pour tenter de percer le mystère du type qui le fait tourner.

1 commentaire:

Caroline a dit…

Peut-être qu'il rentre chez lui, qu'il mange, se couche, se tourne et se retourne jusqu'à ce que le sommeil vienne...