samedi 2 janvier 2010

Bachmès le sage #1

« Moi, Bachmès le sage, celui qui est en et hors le monde, un pied sur les sept collines, un autre dans les astres qui m’ont guidés aujourd’hui jusqu’à toi - je les ai franchies, les unes après les autres, passant de villes en forêts et de forêts en villes. Dans les souks et dans les ruelles j’y ai vu de nombreux artisans, œuvrant de l’aurore à l’aube et de l’aube à l’aurore parfois, travaillant l’argenterie, l’ivoire et l’émail. J’y ai vu des femmes épuisées, des enfants à leurs pieds. J’y ai vu des mendiants affamés, des chiens errants et des hommes malheureux. J’y ai assisté au spectacle grandiose de la sortie du Sultan. J’y ai croisé la misère et l’opulence, l’une vivant au dépend de l’autre, l’autre rêvant au destin de l’une. Dans les forêts, cent fois, j’ai bien failli être détroussé, tué ou vendu comme esclave. Les astres m’ont protégé et m’ont offert la joie de me présenter à toi, ô grand ermite et maître de nos âmes.
Je ne sais rien de ma naissance et n’en saurai pas plus de ma mort. Je m’en remets au destin, à la constellation d’Orion et à la bonté de la puissance divine pour que ma vie atteigne le sommet de ton art avant que celle-ci ne s’éteigne. J’implore ta bonté afin qu’elle me permette d’écouter ta parole et de cheminer quelques temps à tes côtés.
Notre vénéré Chrismagite nous a quitté voilà peu de temps. Il m’a fait promettre de te retrouver, de suivre tes enseignements et de revenir sur les terres de la septième colline afin d’assurer la pérennité de notre savoir ancestral. J’ai beaucoup appris des livres, les œuvres de nos ancêtres m’ayant été contés dès la naissance par un tuteur juste et cultivé. J’ai beaucoup voyagé, de l’empire chrétien jusqu’aux confins de la terre des Pashtuns, mon périple prenant fin à Samarcande la grande. J'ai côtoyé pendant tout ce temps de nombreuses cultures, de nombreuses religions et de nombreuses croyances. Je n’ai, malgré tout cela, pas encore approché, ni de près, ni de loin, les profondeurs de l’âme humaine. J’ai bien eu, à plusieurs reprises déjà, l’impression de la toucher, de la tenir entre les limites de mes pensées - à travers les arts, la méditation, la transe et la confrontation avec les êtres que la vie avait mis sur mon chemin. Mais pourtant, plus je pensais l’atteindre, plus celle-ci semblait m’échapper. L’essence de l’humanité - ce que tu sembles avoir conquis par ta seule expérience – m’est encore plus obscure qu’une nuit sans lune. Me voilà donc devant toi, aussi inculte qu’un nouveau né face aux choses de l’existence. »


« Bienvenue à toi, Bachmès le sage, fils et petit-fils de la terre de la septième colline, neveu de Chrismagite et de sa femme Yamen la douce. J’attendais le jour de ta venue et celui-ci m’emplit de joie. J’ai bien connu ton tuteur, il y a fort longtemps, lorsque la route des deux vallées n’était encore accessible qu’aux initiés de l’école byzantine et aux Ermites les plus anciens. Nous avons souvent échangé avec lui sur la question du sens de la vie et de son incertaine longueur. Je suis heureux de pouvoir poursuivre la route à tes côtés - une nouvelle étoile dans cette dynastie de penseurs et de grands philosophes. Approche, pose ton fardeau et vient méditer en ce jour d’allégresse. Nous commencerons nos discussions demain, à l’aube naissante, quand la nature au repos commencera à s’éveiller. Je te laisse t’imprégner de ce lieu qui t’accueille et purifier ton âme de voyageur afin de libérer tes pensées de ce long périple. Tu pourras ensuite installer ta propre natte où tu le souhaites – quelque soit ton choix, chacune de ces grottes te procurera repos et méditation. »


Et c’est ainsi que Bachmès le sage fût accueillit par Haramane l’ermite. De longues discussions n’allaient pas manquer de s’ensuivre, mais cela est une autre histoire.

2 commentaires:

L'équipe a dit…

de l'exotisme et de la sagesse... voilà exactement ce qu'il nous fallait en ces temps difficiles.

Caroline a dit…

Tout vient à point à qui sait le prendre...