Six heures, j’ouvre les yeux, difficilement… et saute du lit, presque littéralement, sous peine de m’assoupir une nouvelle fois. Autant affronter la difficulté tout de suite. Rien ne sert de reculer pour se prendre les pieds dans la couette ! Décidemment, je ne serai jamais une fille du matin.
Un coup d’œil dans le miroir, l’eau coule dans une douche encore trop fraiche. Vingt deux mars, le lendemain du printemps, que rêver de mieux… Cela va en faire quarante. Et ce ne sont pas ces rides qui se creusent, ces sillons de vie, qui te contrediront. Pas besoin de les fêter celles-ci, elles se rappellent à ton bon souvenir chaque matin, alors même qu’au fond de toi tu finis par les aimer, les attendre. Elles te rappellent le chemin parcouru et celui qu’il te reste à faire, celui qui t’appartient, parfois. Enfin, c’est tout de même ton anniversaire aujourd’hui, alors sois belle et tais-toi !
Plongée sous les jets d’une eau bien chaude.
C’est fou comme les souvenirs t’envahissent ces derniers temps… Pas de mélancolie, pas de regret, pas d’envie d’un quelconque retour en arrière non plus, juste une impression de vague nécessité, de pure sensation.
La Turballe, août 1987,
Le camp de redressement était planté. Pour quatre longues et joyeuses semaines. Et LES cousines qui arriveraient dans deux jours ! Terrible !
Ils étaient arrivés la veille, au train de 15h18 à La Baule-Escoublac, après deux correspondances et un trajet en bus depuis Saint-Nazaire. Le voyage fut épique, comme à chaque fois d’ailleurs. Trois « orphelins » au fond du compartiment. Départ aux aurores, les oreilles à peine attentives aux interminables recommandations maternelles. Sur les bancs du corail, les voilà déballant mots fléchés, bibliothèques vertes, Crados et sandwichs jambon beurre, de grands moments de rigolade, quelques chamailleries et deux trois boudins, ils ne dérogeaient jamais à leurs habitudes. La valse des valises dans chacune des gares qu’ils finissaient par connaître comme leur poche. Les deux grandes devant, portant le plus gros du paquetage, trainant leur petit frère qui ne se faisait pas prier pour porter les victuailles.
La tranquillité en berne et le fichu autour du cou, leurs grands-parents étaient venus les chercher à l’abribus, celui qui longeait la mer, celui qui sentait les embruns et les vacances. Les trois loustics étaient descendus comme des bolides de ce car tout juste arrêté.
- Bon papa ! Bonne maman ! Crièrent les enfants.
- Bonjour les enfants !
Et les trois garnements sautèrent sur un grand-père ravi de tant d’affection. Bonne maman restait en retrait, observant la piteuse situation. Que d’effusions et en public en plus. De vrais petits sauvages, et mal élevés avec ça ! Et puis elle ne faisait jamais de bisous, cela n’était pas nécessaire, disait-elle.
- Vous n’avez rien oublié dans le car ?
- Non, non. J’ai vérifié avant de sortir. Si on compte sur Marius pour le faire, on n’a pas finit !
- Ah, non, vous n’aller pas commencer à vous chamailler !
- On se chamaille pas, je dis juste que…..
- Et tu ne réponds pas à ta grand-mère !
Le ton était donné. Bienvenue au dix neuvième siècle, où les enfants ne parlent pas à table, où il est interdit d’y apporter la moindre casserole et où la sieste y est obligatoire, jusqu’à douze ans en dormant, jusqu’à quatorze en lisant… enfin officiellement ! Et la Kommandantur ne rigolait pas, même le grand-père œuvrait en sous-marin. A nous quatre, une vraie taupinière ! Remarque, les capos ça le connaissait ! Il en avait désespéré plus d’un dans sa jeunesse. Pas vraiment l’âme d’un militaire ce Bon papa.
Un petit kilomètre à pied, le long de cette plage qui nous faisait tant rêver et nous voilà devant Viviana, haut lieu de la bronzette, des gouters pain-beurre-cacao et des énormes trous creusés dans cette étendue de sable que l’on appelait étonnement « jardin » , au grand dam de la grand-mère qu’on avait essayé plus d’une fois de faire tomber, améliorant le piège chaque fois. On allait bien réussir à l’avoir un jour !
2 commentaires:
Bravo, quelle lucidité. Merci pour cette prose qui nous ravit toujours. On s'y croit encore! Cela rappelle de bons souvenirs au moment où les grands-parents, la grand-mère en particulier, ne vont pas bien du tout. Évidemment, bientôt 105 et 95 ans, ce n'est plus la pime jeunesse... Bisous.
Mamie Ktou!
L'immortalité n'est pas de ce monde...
Nous irons voir cela dans de très longues années... je l'espère !
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