lundi 18 janvier 2010

Du côté de chez soi #2

Les cousines étaient là, enfin ! La bande des bikinis pouvait commencer à sévir. Nous n’étions certes que cinq loustics dorénavant mais c’était sans compter les deux Lejeune à droite et le Flétan à gauche… Ce qui multipliait tout de même par huit les possibilités de bêtises.
Un petit chemin creusé entre les fesses-culs du grand père à force de passages nous servait de pont-levis, cherchant désespérément le Graal chez des voisins qui avaient la joie pourtant interdite de nous faire partager ces sucreries tant convoitées et bannies définitivement du camp grand-maternel. Un fil à linge pour marquer notre territoire, des serviettes jetées dessus et en vrac à chaque retour de baignade, et la grand-mère qui pestait dix fois par jour, à croire qu’elle adorait cela :
- Je vous ai déjà dit que l’on devait étendre les serviettes correctement sur le fil a linge ! A force de faire n’importe quoi vous aller finir par le casser. Je vais être obligée de prendre sur vos économies pour le remplacer.

Ca, des économies, elle en faisait la grand-mère, et pas des moindres ! Elle tenait méticuleusement des livres de comptes depuis 1938, chaque centime étant répertorié dans cette bible ménagère, les « évènements » du quotidien relatés, les galipettes avec le grand-père annotées grâce à un judicieux système de dessin représentant une mouette volant au sommet de la page convenue, ce que nous ne découvririons que bien plus tard, et que l’on appelle dorénavant dans la famille « faire la mouette ».

Nos journées au camp de base étaient on ne peut plus militaires.
Après un petit déjeuner où je gagnais systématiquement au concours de tartines grillées sur le fameux poêle de la salle à manger, sous les yeux amusés du grand-père et les regards furieux de la grand-mère qui voyait sa réserve de pain s’amenuiser dangereusement, nous procédions à une brève toilette, l’eau étant parait-il la plus chère de toutes les régions françaises, dixit la grand-mère ! Puis commençait la torture. Nous devions chaque matin, alors que le bruit des vagues nous chatouillait les oreilles et que le soleil nous faisait de l’œil, nous résoudre à nous asseoir à la table du salon, sortir trousses et devoirs en tout genre, et commencer d’interminables lignes d’écriture sous une dictée grand-maternelle qui tenait plus du commandement du caporal en mission que de la voix mélodieuse de l’institutrice de village.

Le pire était pourtant à venir. Ces interminables matinées se concluaient toujours par ce si délicieux moment et qui m’était personnellement réservé : la cure histaminique ! J’avais le « privilège » de descendre, un verre à la main, jusqu’au bord de cet étendue d’eau salée avec une Bonne-maman convaincue du bien fondé de ce pèlerinage. Elle, ancienne infirmière bénévole de la croix rouge était partie en croisade contre mes allergies récurrentes et rien ni personne ne pouvait l’en faire démordre. Me voilà donc une nouvelle fois, les pieds dans l’eau, attendant qu’une vague veuille bien remplir ce translucide récipient avant d’essayer par toutes sortes de contorsions et de subterfuges de rendre à l’océan cet intolérable breuvage. Rien à faire, la grand-mère était une coriace et la surveillance était son passe-temps favori !

J’ai depuis une répulsion « huitrière » de ces fruits d’une mer dont l’aquatique maisonnée me fait fuir plus vite qu’un crabe sans rocher !

1 commentaire:

anne-sophie a dit…

Ma grand-mère avait, elle, grand foi dans l'huile de foie de morue -désodorisée - j'en garde une profonde aversion pour les ... morues.