« Pas de transports scolaires demain »
L’appel du texto sonne le glas d’une journée qui se voulait ordinaire et me parvient entre la douche du dernier et l’ampèremètre qui n’ampère rien de bon du deuxième. M… ! Encore une journée sans queue ni tête, et c’est moi le toréador en plus. Ma grande, c’est pas le moment de flancher. Soyons efficace : les femmes et les enfants d’abord !
Un, la nounou. Anticiper est mon métier, ma vie que dis-je ! Un petit coup de fil pour sonder la banquise. Pas de carotte en vue mais la venue de celle-ci - pas la carotte, la nounou, il faut suivre un peu - semble compromise au vu des circonstances climatiques, comme ils disent. Je tranche donc. Pas la peine de risquer la panique au réveil, je vais me débrouiller. Plan B : ma voisine. Bree Van der Kamp sera trop contente de me rendre la monnaie de la pièce de cet après-midi et de me montrer qu’elle, elle est (presque) toujours disponible pour les enfants… Pas grave, si ça lui fait plaisir. Le tout à l’égo fonctionne toujours aussi bien ! Et jouer la carte de la proximité reste une valeur sûre. Autre coup de fil donc, expédié malgré les velléités comèresques de madame. Rendez-vous pris aux aurores, c’est Pierre qui va être content !
Deux, la tête pensante du navire… Un petit texto, succinct mais efficace : tu vois même le soir je ne compte pas mes heures et en plus je suis en PCV avec Dieu. Pas de réponse, par négligence, par mépris ou par incompétence technique, vaste sujet métaphysique que je jette avec l’eau du bain. Une conscience tranquille en vaut deux !
Trois, prévenir les collègues, histoire que le contrôle « surprise » ou la progression chiadée de la dernière séquence ne prennent pas l’eau, cela arrive si vite parfois. Et là, on avait plutôt prévu les peaux de phoques que les maillots de bain. Bref, mal m’en a pris, le Cerveau avait décidé dès la première sonnerie matinale de trouver un coupable à cet intolérable et ingérable b…azar. Ce serait donc moi, ô gourou de la grande secte des feignasses qui s’ignorent, qui aurait incité, par cette naïve missive informatisée, mes charmants camarades à sécher les cours. Et les élèves n’en ont pas perdu une miette, monsieur n’aimant pas trop les huis clos !
Quatre, dernier texto à une équipe de supers héros quotidiens, les prévenant de la situation et leur demandant un état des lieux sur leur éventuelle présence pour ce grand moment de réjouissances. Les réponses fusent dès mon réveil, fort matinal, grattage, Van der kampage, démarrage et pilotage en vue. Pas le temps de se faire une belote bridgée, les atouts se défaussent.
Nuit courte, trop, quelques maigres heures tout au plus, et ce n'est pas aujourd’hui que je vais pouvoir me la couler douce. Remarque, ça n'est jamais le cas, soit dit en passant. Pas le temps de m’apitoyer sur mon sort non plus…
Me voilà, doudoune sur le dos et bottes « militaires» aux basques, autant que le ton soit donné dès mon arrivée sur le champ de bataille, prête à affronter une séance de grattage à faire pâlir de jalousie le plus grand fan d’Euromillion. Une fois les gants bien trempés, un pur bonheur aquatique, me voilà au volant de cet objet roulant que j’espère bien identifiable. Pas de risques inutiles, une bonne seconde suffira d’autant que mes prédécesseurs routiers semblent aussi à l’aise qu’une perdrix sur un champ de tir. Ne sachant pas trop comment se faire discrets, ils traversent de part en part une chaussée bien amusée ! Je garde mes distances donc, comme toujours d’ailleurs, mais là j’avoue que ce petit travers m’a fait éviter de sombres dérapages. Je me marre de voir mes congénères affolés par tant de blancheur. Un sursaut de conscience me calme tout de même, n’ayant ni montagnes ni chaînes en vue.
Arrivée en fanfare au but de cette promenade champêtre, un comité d’accueil m’attendant au tournant. Un bon coup de gueule pour éviter les glissades en tout genre. Marathon aux quatre coins du cirque, une performance de funambule, pas le temps de se poser. Repas méridien expédié, la saisie des âmes perdues me transfuge. Peut-être une canonisation en vue d’ailleurs, il faudra que j’y songe.
L’équipe sur les rotules en cette fin d’après-midi, je lance un dernier challenge, fort égoïstement il faut bien le dire, la poudreuse me chatouillant les narines depuis le réveil. « Vous pariez que je vous mets la pâté au tir à boule portante ? ». Regards surpris, un rien amusés. « Chiche », me lance la plus hardie. « Plutôt deux fois qu’une ! ». Il n’en a pas fallu plus pour que chacune dégaine gants, bonnets et parka. « La dernière dans la cour a perdu ! ». Nous voilà courant vers le lieu interdit, de vraies gamines, les bottes foulant une surface immaculée, nous canardant à tout va, les fous rires précédant les courses poursuites incessantes. Un pur moment de plaisir, un moment partagé à l’abri des regards et des foudres divines. De retour au bercail, toutes de blanc vêtues, nos piteuses consciences partagèrent le honteux proverbe de l’éducateur qui s’ignore : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ». Mais quel bonheur pourtant !
2 commentaires:
La montagne çà vous forge une personnalité et les matins d'hiver sont moins durs à supporter dans les mornes plaines d'Eure et Loire.
Les réminiscences de tir (de boules de neige)de son enfance, effectués dans les massifs des Alpes ne demandent plus qu'à se libérer.
LPB
La montagne çà vous forge une personnalité et les matins d'hiver sont moins durs à supporter dans les mornes plaines d'Eure et Loire.
Les réminiscences de tir (de boules de neige)de son enfance, effectués dans les massifs des Alpes ne demandent plus qu'à se libérer.
LPB
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