Derechef : adv. (1160 ; de de- re-chef) Vx ou litt. Une seconde fois ; encore une fois. Le Petit Robert.
Le terme exact eût plutôt été « toujours » ou « de plus belle », mais bon, j’ai toujours rêvé d’employer ce mot, ça sent son prof de français, « c’est des mots de riches, ça, m’dame … » Vous me pardonnerez donc ce terme « vx ou litt. » Le Petit Robert n’y suffisant pas, j’ai dû aller chercher dans le Dictionnaire Culturel en langue française (publié également par Le Robert, évidemment, Robert compte parmi mes meilleurs amis) pour connaître le fin mot de l’histoire : que vient faire le « chef » là-dedans ? Sans vouloir vous submerger sous mes interrogations étymologiques, il faut donc prendre « chef » au sens de « bout, fin », « caput » : la tête, en latin… ça tombe bien, parce que « caput » je le suis, et complètement, H.S, K.O, comme vous voudrez.
Après les tribulations du prof qui démarre – péniblement, certes ; je vous propose donc les tribulations du prof qui s’accroche et qui, par conséquent, n’a pas changé de métier. Je crois que nous ne sommes finalement pas si nombreux à le faire, changer de métier. Ce n’est pas faute d’en parler, pourtant. Maintes fois entendu le baroud d’honneur du prof : « moi, j’m’en fous, dès que j’en ai marre, j’fais autre chose ! » Je ne veux pas paraître pessimiste mais des reconversions réussies, je n’en ai pas vu tant que ça.
A commencer par moi qui ai dû la prononcer une bonne centaine de fois, cette phrase. Malheureusement, comme je l’ai avoué précédemment, je ne sais toujours rien faire d’autre ; mais, surtout, depuis quelque temps - j’aurais beaucoup de mal à dater précisément ce retournement insidieux -, je me suis rendu compte que j’aimais ce que je faisais. Du coup, quand je répète à l’envi ma rengaine du « faire autre chose », ça ne sonne plus pareil.
Attention, je ne suis pas en train de vous dire que, finalement, l’école, c’est le « monde des Bisounours », rassurez-vous, il y a toujours des facteurs très agaçants – délicat euphémisme – au sein des classes, des impasses, un sentiment récurrent d’impuissance et d’échec… toujours bien sûr. Mais parfois des « moments de grâce » - désolée pour la métaphore quasi-mystique qui n’a guère sa place ici mais je ne sais pas comment les appeler autrement – que je ne suis pas sûre de retrouver à la caisse de Carrefour.
Vu de l’extérieur, je reconnais que ce n’est pas évident, qu’une bande d’ados mâchouillant le chewing-gum, les mains dans les poches du baggy, descendu au niveau des genoux, ou de midinettes qui ne pensent qu’à se recoiffer avant la récré, lissant inlassablement leur mèche pendant des heures, ce n’est pas toujours très encourageant. Pourtant, derrière, il y a de temps en temps des petits miracles, et toujours des individus en devenir. Bien sûr, ils ne « boivent » pas la parole du prof, pas la mienne en tout cas, mais ils en captent un tout petit peu. Je ne manque pas d’ambition – j’ai dû aussi renoncer à l’idée de sauver le monde, n’est pas Bruce Willis qui veut -, je suis juste un peu plus réaliste qu’autrefois.
Vous me retrouvez donc cinq ans plus tard, pas si amochée que ça. Si bien sûr, l’âge, mais pour le reste, je ne crois pas avoir encore tourné au prof aigri et/ou fumiste, deux maux qu’il n’est pas toujours aisé de combattre.
Je ne présume de rien pour l’avenir, mais jusque là, ça va.
Bref, je ne change pas de métier, je m’accroche à mon bureau contre vents et marées, je tempête, je râle, mais je suis là, bon petit soldat de l’Education nationale. Et je découvre, année après année que, contrairement à l’idée reçue, le véritable ennemi du prof, ce n’est pas l’élève, c’est le système. Il faudrait entrer là dans des considérations de postes, de points, d’effectifs, de DGH et autres abréviations qu’affectionne particulièrement notre administration, mais que je souhaite épargner aux profanes, que je vais barber très vite, comme aux spécialistes, qui sont, eux, hélas, au courant. Je conclurai simplement en disant qu’il y a de quoi miner tout « bon hussard de la République ».
A dans cinq ans…
1 commentaire:
J'ai hâte d'y être... Après la 2364ème publication sur le blog.
Peut-être que les billets d'humeur seront devenus des billets d'humour...
Le système dans cinq ans et le ciné dès dimanche !
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