Une marie aux moines, sans les têtes mais avec ce grand corps dégingandé, de turquoise vêtu, les deux baguettes coincées au creux du bras, le sourire mélancolique aux lèvres. Le plus grand des voyages, chaque jour renouvelé, consistant à aller chercher le pain quotidien au Carrefour des âmes perdues, quelques centaines de mètres plus à l’ouest, les tours de Babibel pour seul paysage. La mer jamais tu ne la verras, un père pour seul horizon devra te suffire - le sort en jeté depuis ta naissance, et bien avant encore. On a pourtant essayé, avec nos convictions de petite bourgeoisie provinciale, de te sortir de cette ornière existentielle à laquelle une vie de recluse te préparait insidieusement. C’était sans compter ta loyale inertie, ton acceptation inadéquate d’un avenir impossible.
Ta silhouette habitera dorénavant ce petit bout de monde, cet Eden familial que tu ne pouvais abandonner. Ta démarche appellera ces ombres voutées à suivre les parenthèses d’une vie déposée. Ta vision me donnera chaque matin cette leçon de modestie que nos équations égoïstes n’arriveront jamais à résoudre.
1 commentaire:
à tous ceux et à toutes celles échoués au bord de notre incapacité à les ententre, ou pire de notre indifférence... j'aimerais dédicacer, s'il était le mien, ce très beau texte.
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