mercredi 20 janvier 2010

L'amer creudi !

D’aucun semblent croire que le mercredi est une journée chômée pour ces mères de famille qui désertent lâchement leur bureau en ce jour enfantin. Je me sens aujourd’hui une âme de justicière, qui, à l’instar de notre ami et non moins masculin Zorro, me fait frétiller les canassons d’ex ! Ministres et autres présidents, vos journées en comparaison de nos amers creudis, passeront dorénavant pour une vaste partie de rigolade !

Dès l’aube, la mélodie stridente de notre réveil quotidien nous rappelle à son bon souvenir. Et si une récalcitrante ménagère s’avisait de n’en pas tenir compte, se laissant aller jusqu’à imaginer les vagues prémisses prometteurs d’une inoubliable grasse matinée, sa progéniture en errance se chargerait de réveiller en elle cette culpabilité insoutenable du regard désespéré d’un enfant affamé : « Maman, j’ai faim, j’ai pas déjeuné et j’ai le ventre qui gazouille… ». Celle-ci se lèvera donc précipitamment, instinct animal de survie s’il en est, étouffant au fond de son esprit encore embrumé un « et ton père, il aurait pas pu s’en occuper », mettant là en œuvre toutes ses compétences éducatives que cette charmante Françoise Dolto lui a insidieusement inculquées.

C’est donc après un bol renversé, trois céréales écrasées sur le tapis de la salle à manger et un nombre incalculables de « dépêche-toi, tu vas être en retard » à l’adresse de ses amorphes adolescents, que la mère de famille sans travail gagnera de haute lutte le droit de boire un thé qu’elle ne souhaitait pourtant pas glacé. Le froid aidant, ce chapitre se clôturera au plus vite. L’attendent alors ces béants tambours, pourtant si discrets à l’approche d’une présence masculine. Le remplissage de l’un, retournages de vestes à l’appui, et le vidage de l’autre dans le panier des Danaïdes, lui permettront malgré tout d’organiser la prochaine séance de pliage, pas d’origamis, cela elle n’en aura pas le temps, mais des nombreux T-shirts et autres chaussettes esseulées qui sans nul doute manquerons une fois de plus à l’appel.

Le petit dernier dument accoutré du plus seyant survêtement et collé manu militari devant mère télésa, recommandations téléphoniques et interphoniques clairement énoncées – « tu ne réponds ni à l’interphone, ni au téléphone, je suis sous la douche » - madame se dirige précipitamment vers une toilette expéditive, l’eau chaude ne semblant pas être sa tasse de thé ce matin… Avec un peu d’entrainement, elle arrive malgré tout à profiter de ces derniers instants de répit, lorsqu’un « maaaamaaaaaaan, tu peux venir m’essuyeeeeeeer !», interrompt définitivement cette transe aquatique. Je vous passe les détails d’une sortie précipitée de la fumeuse et non moins fumiste maman, les cheveux en bataille et la serviette en berne, accourant, le rouleau à la main, sauver son charmant rejeton des profondeurs sanitaires.

C’est après un début de matinée calme et reposant que madame se décide enfin a emmener Pierre dans ce haut lieu de plaisirs gastronomiques que constituent ces grandes surfaces bondées de petits vieux dépités de tant de congénères. Et oui, ma bonne dame, c’est le jour des enfants aujourd’hui ! Si c’était celui des mamans, ça se saurait, et crois-moi, ce n’est pas ici que l’on viendrait se ressourcer. Le chariot plein à craquer et la carte bleue délestée de quelques centaines d’euros – gagnés par le courageux-mari-qui-travaille-le-mercredi il va sans dire - le chargement du coffre constituera pour notre ménagère un substantiel exercice physique. Il ne faudrait pas qu’elle se laisse aller tout de même, d’autant que le ELLE qu’elle vient de ranger au fond du sac ne manquera pas d’entretenir ce vague complexe féminin qu’une montée d’escalier sans aide de camp et sans ascenseur permettra de temporiser jusqu’à la prochaine tablette de chocolat.

Un coup d’œil à l’horloge fait hésiter madame entre un rapide plat de nouilles al dente et une délicieuse pizza façon Picard. Heureusement que ses origines italiennes lui donnent bonne conscience, sans quoi elle aurait poussé le sacrifice jusqu’à fournir à sa descendance le numéro vert de SOS enfance maltraitée.

La sauce tomate au coin de la bouche, voilà Pierre projeté sur le rehausseur de la banquette de cette Peugeot familiale, direction la tournée des popotes - et non des potes, ce qui est fort regrettable, il faut l’admettre, mais pas le temps de rigoler quand on ne travaille pas - afin de compléter cette équipe de sportifs en herbe. Deuxième banquette, deuxième rehausseur, un créneau à faire pâlir le premier chef d’écurie venu, une éjection automatique avec ouverture express des portières et les voilà arrivés à bon port. Elle rame pour partir en pôle position afin d’éviter les embouteillages sur un parking exclusivement féminin. Trois quart d’heure devront lui suffire pour – un – compléter sa collection de pizza et autres soupes congelées chez son ami Picard – deux – passer à la parapharmacie acheter en jerrican les gels douches, shampooings et autres dentifrices qui ont à peine eu le temps de faire un séjour dans la salle de bain familiale – trois - passer chez Kiabi faire le plein de maillots de corps et autres slips pour ces énergumènes prépubères qui ne semblent jamais vouloir s’arrêter de grandir.

Ces quelques emplettes au fond du sac, la voilà repartie en mode supralunique vers la salle de sport où son équipe doit déjà trépigner d’impatience à l’idée du calme goûter qui se profile enfin.
L’enchaînement se fait de la manière la plus naturelle qui soit sur une séance de devoirs avec un Pierre, un Paul et un Jacques peu coopératifs – « tu comprends, on est fatigués » … ! – et des douches bien senties au vu de l’odeur qui émane d’un skateur à poils longs. La grande question existentielle lui revient alors sans crier garde : la fameuse théorie des trois P : pâtes, pizza ou purée ???

Je laisserai le mot de la f(a)im à mon cher mari, lui faisant part de mon agréable journée de mère au foyer : « Vous êtes bien toutes les mêmes. Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez ! ». Non mais c'est vrai, nous sommes vraiment trop bégueules, nous les femmes-qui-ne-travaillons-pas-le-mercredi !

3 commentaires:

anne-sophie a dit…

Je vote pour le retour du jeudi chômé... mais seulement pour les mères, qui doivent se remettre de leur mercredi.

Caroline a dit…

En ce qui me concerne, tu peux compter deux voix... la mienne et celle de ma conscience !

Guillaume a dit…

C'est frais et très drôle... et ça calme mes ardeurs d'envie de 4/5ème...