dimanche 31 janvier 2010

L'intérieur de personne #5

- Un, deux, trois, poussez ! Un, deux, trois, poussez ! Allez, encore un petit effort, madame. Je vois les cheveux. Allez, respirez, doucement…
- J’en peux plus…
- Vous êtes courageuse. Et le plus dur est fait. Allez, encore une ou deux poussées et vous ne vous rappellerez plus de rien…
- Ca, ça m’étonnerai !
- Allez, une contraction arrive. Un, deux, trois, expirez, souuuuuuufflez…
- Voilàààààààà ! Vous voyez que ce n’était pas si long que cela…

Camille n’écoutait plus rien, seul ce bébé tout fripé et tout gluant lui importait dorénavant. Elle était comme dans une bulle où les sons lui arrivaient déformés. Elle demanda à prendre le bébé sur son ventre, à le tenir au creux de ses bras perfusés, enfin… Les larmes coulaient toutes seules, elle était si heureuse que plus rien d’autre n’avait d’importance en cet instant que le contact avec ce petit être si fragile pour qui elle avait déjà un sentiment d’amour infini.

- Vous voulez couper le cordon vous-même ?
- ????.............
- Vous préférez que je le fasse moi-même ? dit la sage-femme en lui montrant les ciseaux.
- Non, non, je vais le faire….

Camille prit les ciseaux, inspira profondément, pris le cordon entre ses mains et coupa d’un geste sec et précis ce qui la reliait pour la dernière fois à cette grossesse qui faisait dorénavant partie d’un passé qui devenait enfin pour elle et le bébé un avenir à inventer. Elle sentait presque le regard de John posé sur cette main décidée. Elle rendit les ciseaux à la sage-femme, s’allongea sur la table de travail et enveloppa le bébé dans les draps qui l’avaient protégé du froid pendant l’accouchement. Elle sentit des frissons lui parcourir le corps – le contrecoup de l’anesthésie commençait à faire son effet.

- Au fait, c’est un garçon ou une fille ? demanda-t-elle, étonnée d’avoir oublié de demander le sexe de l’enfant.
- Soulevez le drap, vous constaterez vous-même ! lui répondit la sage-femme, un grand sourire aux lèvres.

2 commentaires:

anne-sophie a dit…

et c'est comme ça qu'on devient mère, et que tout, absolument tout change radicalement.

Caroline a dit…

Audrey Hepburn a dit très justement : "le plus difficile dans la maternité c'est cette inquiétude intérieure que l'on ne doit pas montrer"....