vendredi 12 novembre 2010

Chroniques de l'indifférence ordinaire



Jusqu'où s'arrêteront-ils ???



« Il aurait suffi… »
Vu hier soir un spectacle engagé, et même militant, sur le thème des violences faites aux femmes. Compagnie indépendante, avant-gardiste, bien connue dans notre petite ville de province, public réduit à une peau de chagrin, essentiellement composé de … femmes. Ce n'est pas le cas chaque soir, assure le metteur en scène et directeur de la compagnie, Jacques Kraemer, qui, entouré des deux comédiens, propose un échange avec l’assistance à la fin de la représentation. Un homme, une femme, des textes éclectiques, violents, une mise en scène efficace, inventive, bricolée pourtant avec des bouts de ficelle : cinquante-cinq minutes de choc pour nous rappeler encore et toujours, et je le crois absolument nécessaire, qu’une femme sur dix est victime de violences, et ce, quelle que soit sa classe sociale. Le texte traite d’abord du viol collectif, notamment à partir du témoignage de Samira Bellil, extrait de L’enfer des tournantes. Il aborde ensuite la violence conjugale ordinaire. Sous nos yeux, à genoux au milieu de la scène, l’actrice se maquille, se poche les yeux, la joue, se dessine sur la lèvre et l’arcade des traces de sang pendant que son compagnon de scène interprète avec beaucoup de justesse un monologue, somme des réflexions d’un homme violent.

J’aimerais mettre en parallèle aujourd’hui ce spectacle et une scène apocalyptique à laquelle j’ai assisté la semaine dernière. Ma maison est sise au bord d’un boulevard où la circulation est intense et les encombrements fréquents, surtout le vendredi vers dix-sept heures, le « spectacle » ne manquait donc pas de témoins cette fois. Je sors de chez moi avec ma fille. Nous entendons hurler derrière nous, sur le trottoir. J'ai d'abord cru que des ados chahutaient et j'étais toute prête déjà à leur servir mon discours d'adulte responsable sur la dangerosité de leur jeu à proximité de la circulation. Hélas, à y regarder de plus près, un homme attrapait sa femme par le cou, laquelle hurlait en se débattant. J'ai essayé de les séparer, elle s'est enfuie en traversant le boulevard, il la rattrape, la jette à terre sur la chaussée, la gifle, la cogne à plusieurs reprises, la tête sur le goudron, répand sur le sol le contenu de son sac à main. J’essaie de nouveau de m’interposer, en vain. Je hurle. L’homme ne me paraît pas hors de lui, il est tout à fait conscient de ses actes. Dans les voitures, personne ne bouge. Il y a même un(e) abruti(e) pour klaxonner, agacé(e) certainement de se trouver ainsi retardé(e). L’homme a finalement récupéré ce qu'il voulait : manifestement le téléphone portable de sa femme, m'a insultée copieusement pendant que je composais le 17. Chacun est parti de son côté. La police n’est arrivée que trop tard sur les lieux. J'étais hors de moi, ma fille de huit ans, livide. C'est la première chose qu'elle a racontée à son père le soir même. Est-ce qu'il fallait ne rien faire ? Est-ce que l’indifférence l’emportera toujours ? Quel goût amer dans la bouche ! Personne ne réagit à une violence pareille, publiquement affichée. Qu’en est-il de ces femmes qui se font matraquer en toute impunité dans le secret de leur alcôve ?

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