dimanche 14 novembre 2010

Neuf mois #6

Le bébé de Léna
Mois 7


Depuis qu’elle ne travaille plus, Léna a tout le loisir d’imaginer son bébé et celui de s’inquiéter comme jamais. Trop de Laurence Pernoud, trop d’autres futures mamans, trop de conseils avisés et contradictoires, trop de sages-femmes, trop de puéricultrices de la crèche Kangourou où elle doit sa place à son statut de mère célibataire. Elle étouffe dans son appartement, mais hésite avant de sortir, marcher, monter, descendre, passer l’aspirateur, porter les courses, manger, respirer presque. Alors, elle tourne en rond du matin au soir, n’affronte le dehors que pour la bonne cause : rendez-vous médicaux, séances de préparation à l’accouchement, achat de la fameuse poussette, qu’elle a coincée sous la rampe d’escalier avec celles des voisines.
Elle n’a jamais voulu connaître le sexe du bébé, mais, à présent, se demande chaque jour si ce n’est pas une erreur. Elle peine d’autant plus à se le représenter. Et les « tu portes haut, c’est une fille ! ton ventre pointe, c’est un garçon ! Tu vas l’allaiter ? T’as pris la péridurale au moins ? Tu accouches où ? Parce que moi… »
Le père. Elle a besoin du père. Mais comment lui dire maintenant ? Pauvre type, un coup de rien du tout à la sortie d’un bar avec une femme qu’il connaît à peine, et sept mois plus tard, un ventre gros de responsabilité qui lui tombe dessus. Il n’a pas mérité ça.
Elle ira donc chez ses parents passer les semaines qui restent, profiter de l’espace de la maison, retrouver intacte sa chambre d’ado avec les posters sur les murs, s’allonger dans le jardin, se reposer complètement enfin sur sa mère. Tout lui parlera de son enfance, un prélude à cette jeune vie qui s'annonce. Bientôt maintenant.

Le K de Clémence
Mois 7


Un mois après sa dernière cure de chimio, Clémence a été opérée. Une tumeroctomie, seulement, disent-ils. Le cancérologue est ravi de son traitement, le chirurgien de son opération et de cette splendide cicatrice qui lui barre le sein. Bien. Tout le monde est content, alors. Clémence ne sait pas encore s’il lui convient, à elle aussi, de s’en réjouir. Elle ose à peine souffler de soulagement. Elle ne sait même pas si elle ressent du soulagement. En attendant la suite, et il y a toujours une suite, elle a de nouveau passé quinze jours seule dans les Cévennes. Qu’ils se débrouillent sans elle à Paris. Elle n’a toujours pas vraiment adhéré ni à la coach, ni à la relaxation, ni à la psychosynthèse, mais elle a donné le change, ses gourous sont eux aussi enchantés de sa métamorphose psychologique. L’onde de choc a attendu son retour. Les résultats sont bons. Ah. Radiothérapie, alors. Ah. Pourquoi ? Parce que. Parce que quoi ? On veut être sûrs. Ah. Alors, chaque jour de nouveau l’hôpital, chaque jour de nouveau le contact évité tant bien que mal avec les autres patients, avec la mort.

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