Le coup du monde qu'est rien d'autre qu'une jupe qu'on désire plus que tout (au monde ?) soulever, chépavou mais moi chui fan !
Et pi, depuis le petit pull marine d'Adjani, rapport à un certain cardigan de la même couleur iodée, on n'avait pas trouvé meilleure métaphore...
Je disais donc qu'il était des découvertes que l'on n'attendait plus, des illusions que l'on ne pensait pas pouvoir encore espérer sans y adjoindre le préfixe "des-", des plaisirs que l'on croyait définitivement surannés et des joies que l'on ne peut que s'empresser de partager, tant elles revêtent l'apanage inégalable d'un arrière-goût de trop peu.Une rencontre littéraire de cet acabit se fait tellement rare par les temps qui courent à grand peine, que je ne résiste pas plus longtemps à vous faire partager quelques lignes d'une oeuvre qui ne manquera pas de vous conquérir, j'en suis passablement certaine, dès la première page de ce beau roman de Hanif Kureishi (pas dans la colle, lui, au moins) : "Intimité".
Le narrateur y décrit, avec un humour bien plus grinçant qu'il n'y paraît au premier abord, les espoirs désabusés de la vie maritale : "l'amour est un sale boulot ; impossible de garder les mains propres" !
"Depuis le début, à commencer par les filles de l'école, et les professeurs surtout, je regarde les femmes dans les boutiques, dans la rue, dans le bus, pendant les soirées, en me demandant comment ce serait d'être avec elles, quels plaisirs nous pourrions découvrir ensemble. A l'école, je lançais mon stylo sous le bureau de la prof afin de ramper et de pouvoir reluquer ses jambes. Les incohérences du système pédagogique m'ont permis de développer un intérêt enthousiaste pour les jupes des filles, leurs tissus et leurs textures, leur aspect bouffant, lâche ou serré, et à quels endroits. Les jupes, comme plus tard les rideaux de théâtre, éveillaient ma curiosité. Je voulais savoir ce qu'il y avait dessous. Il fallait attendre l'occasion favorable. La jupe était un objet transitionnel ; à la fois l'objet lui-même et un moyen d'aller ailleurs. Elle devint pour moi le paradigme de toute connaissance cruciale. Le monde est une jupe que je désire relever.
(...)
Comme il se doit, Susan est la seule femme, en dehors de ma mère, avec qui je ne peux quasiment rien faire. Mais aujourd'hui que je suis certain de pouvoir parler à une femme sans craindre de la désirer, je ne suis pas sûr de pouvoir toucher quelqu'un comme autrefois, c'est-à-dire avec frivolité. Après un certain âge, le sexe perd de sa banalité. Je ne pourrais plus demander aussi peu. Poser la main sur le corps d'autrui, approcher sa bouche d'une autre bouche - quel engagement ! Choisir quelqu'un, c'est découvrir toute une vie. Et c'est l'inviter à vous découvrir !
C'est peut-être ce qui s'est passé avec Nina. Un jour vous croisez une fille et vous la désirez. J'ai maintes fois repensé à cet instant. Elle et moi en avons souvent reparlé, dans la joie et l'étonnement. Je me rappelle qu'elle était très grande et mince ; et il y a eu cette secousse, cette violente secousse, quand nous nous sommes rencontrés, puis revus. Quelque chose en elle a tout changé. J'avais déjà désiré des gens, mais je ne savais rien d'elle. Elle appartenait à un autre monde. A partir d'un certain âge, on ne veut plus que les choses arrivent par hasard. On aimerait croire que l'on sait ce qu'on fait. (...)"
Il y a fort à parier que pour voir aussi juste, ce roman doit être quelque peu autobiographique...
Quoiqu'il en soit, on ne peut passer à côté sans être certain de rater de belles pages de vie, et de (dé !) plaisir !
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