" ... qu'il faut bien, si l'on doit pouvoir parler de fausseté, que nous ayons des expériences de la vérité. Valable contre la naïveté, contre l'idée d'une perception qui irait surprendre les choses au-delà de toute expérience, comme la lumière les tire de la nuit où elles préexistaient, l'argument n'est pas éclairant, il est lui-même empreint de cette même naïveté puisqu'il n'égalise la perception et le rêve qu'en les mettant en regard d'un Être qui ne serait qu'en soi. Si, au contraire, comme l'argument le montre en ce qu'il a de valable, on doit tout à fait rejeter ce fantôme, alors les différences intrinsèques, descriptives du rêve et du perçu prennent valeur ontologique et l'on répond assez au pyrrhonisme en montrant qu'il y a une différence de structure et pour ainsi dire de grain entre la perception ou vraie vision, qui donne lieu à une série ouverte d'explorations concordantes, et le rêve, qui n'est pas observable et, à l'examen, n'est presque que lacunes. Certes ceci ne termine pas le problème de notre accès au monde : il ne fait au contraire que commencer, car il reste à savoir comment nous pouvons avoir l'illusion de voir ce que nous ne voyons pas, comment les haillons du rêve peuvent, devant le rêveur, valoir pour le tissu serré du monde vrai, comment l'inconscience de n'avoir pas observé, peut, dans l'homme fasciné, tenir lieu de la conscience d'avoir observé. Si l'on dit que le vide de l'imaginaire reste à jamais ce qu'il est, n'équivaut jamais au plein du perçu, et ne donne jamais lieu à la même certitude, qu'il ne vaut pas pour lui, que l'homme endormi a perdu tout repère, tout modèle, tout canon du clair et de l'articulé, et qu'une seule parcelle du monde perçu introduite en lui réduirait à l'instant l'enchantement, il reste que si nous pouvons perdre nos repères à notre insu nous ne sommes jamais sûrs de les avoir quand nous croyons les avoir; si nous pouvons, sans le savoir, nous retirer du monde de la perception, rien ne nous prouve que nous y soyons jamais, ni que l'observable le soit jamais tout à fait, ni qu'il soit fait d'un autre tissu que le rêve..."
Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l'invisible.
Chers courageux lecteurs et masochistes blogueurs,
Je me suis dit, une tranche d'ananas délicieusement juteuse à la bouche et fuyant la mire d'une coupe du monde déjà désespéremment débordante, que l'immersion, finalement, il n'y avait rien de tel ! Et puis, vu l'engouement que ma dernière publication a soulevé, je ne résiste pas à vous livrer cet extrait, lu entre la poire et le dessert, évitant le fromage cette fois-ci, qui est, je vous le rappelle, un repas à lui tout seul...
Pour faire simple (!!) : nous recherchons ici le sens de la fonction ontologique de notre perception, ou en plus clair, pour ceux qui s'assoupissent traîtreusement : comment réfuter le pyrrhonisme (scepticisme absolu qui nous ferait douter de notre existence même) et asseoir un fondement "vrai" à notre perception du monde de part les expériences qui sont les nôtres.
Je ne peux que penser à toi, chère compagne de Hoogarden en ce vendredi tant attendu. Etablir le lien avec la conscience, haut lieu de débat s'il en est, parait dans ce passage, tout trouvé, ce qui n'aura d'ailleurs nullement échappé à ton acuité légendaire. Je ne te parle pas de l'imagination, rêvée, perçue, celle qui fait de nous des créateurs insatiables et des réalistes cyniques... Et puis, si cela peut t'éviter une bien chimique cure de plus, je peux même aller jusqu'à t'en proposer tous les soirs, le mieux étant d'en prendre une bonne dose juste avant d'aller se coucher. A côté, le jus de Noni fera figure d'insipide camomille! Je pourrais pousser le vice jusqu'à te citer Hume dans le texte... mais la nausée risque de te reprendre, ce qui serait fort dommage, au vu de ta résistance inébranlable à ce fléau quotidien.
Chers amis lecteurs, à défaut de vous souhaiter bonne lecture, je vous souhaite bon courage !
La Torturée du Ciboulot.
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