Lettre II. De Marie-Victoire à Blanche.
Marie-Victoire Caron
Mont-Saint-Quentin
A Madame Blanche Desrieux
52, avenue de la Grande Armée
PARIS
Mars 1914
Chère Madame,
Ma fille, Marie-Louise, nous a fait part de votre charmante invitation que nous avons le regret de devoir décliner pour le moment.
Je crains, quant à moi, l’extrême fatigue liée à un tel voyage. J’ai toujours appréhendé les voyages en chemin de fer bien que mon cher mari m’ait très souvent vanté la rapidité et la sûreté des trains qu’il emprunte régulièrement pour ses affaires.
Par ailleurs, je redoute que Marie-Louise ne soit enivrée de cette vie parisienne et que le retour à notre existence calme et champêtre ne lui pèse ensuite encore davantage. Je me fais beaucoup de souci pour elle : elle me semble en effet chaque jour plus triste et résignée. Elle ne se confie guère à moi, sa mère, mais je sais qu’elle se désespère de cette vie morne et solitaire. Elle a obstinément refusé, hélas, tous les beaux partis que nous lui avons présentés ; plus les années passent, plus ses chances d’être heureuse s’amenuisent. Peut-être pourriez-vous, dans vos lettres, lui représenter tous les avantages que lui procureraient un bon mariage tel que le vôtre ? C’est une jeune fille très romanesque, dont les aspirations sont inconciliables avec les exigences d’une société comme la nôtre. Elle ne semble absolument pas vouloir s’y résoudre, et je désespère de lui faire entendre raison.
J’espère que vous voudrez bien me pardonner la liberté avec laquelle je vous ai fait part de mes inquiétudes ; je me sens, en effet, toujours proche de la jeune fille que vous étiez et je me souviens avec joie de tous les moments partagés avec Marie-Louise.
Embrassez affectueusement votre petit Victor – comme j’aimerais avoir des petits enfants à chérir ! -, et transmettez à votre cher mari mon meilleur souvenir. Je vous adresse mes plus chaleureuses amitiés.
Marie-Victoire Caron
1 commentaire:
Je me délecte... et le ton suranné de cette missive est loin d'être obsolète dans son contenu... !
Encore !!!
Encore !!!
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