mercredi 16 décembre 2009

Se baigner en Bretagne

Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer. (Proverbe breton ?)


Le paysage est idyllique, la réalité moins : une anse, bien protégée, surplombée par des maisons aux toits d’ardoise, ancrées elles-mêmes dans un paysage d’un vert suspect pour un mois d’août.
Une fois franchie la barrière de galets, reste le choix entre caler tant bien que mal ses fesses entre deux cailloux choisis avec soin, moins agressifs que les autres, ou bien exposer sa serviette au sable détrempé que la mer vient de découvrir.
Hormis les enfants et les vieux, toute personne située entre ces deux âges extrêmes de la vie, normalement constituée, et dont l’origine ne serait ni bretonne ni anglaise, semble souffrir une espèce de martyre lorsqu’il/elle entre dans l’eau. Chacun y va de sa méthode : on peut rester de longues minutes au bord, d’abord les orteils, puis le pied, les chevilles… ; c’est prendre le risque :
1. de s’exposer longuement au vent et d’être gelé avant même d’être mouillé,
2. d’être bêtement éclaboussé par des enfants inconscients.
Sauter d’un pied sur l’autre, pour se « réchauffer », se mouiller consciencieusement les bras et la nuque d’abord ; épaules recroquevillées, ventre rentré. La mer est belle, pourtant, incroyablement bleue et tentante, promettant des bonheurs ineffables (ne serait-ce que la fierté du « je me suis baigné(e) !», claironné à pleins poumons le soir même…), qui ne sont que de vagues chimères. Aux malheureux qui, au prix d’efforts terribles, se seraient enfin « jetés à l’eau », je ne conseillerais que deux choses :
- ne jamais s’arrêter de nager, sinon c’est la paralysie immédiate,
- ne nager qu’en surface : la malheureuse jambe égarée, même seulement à cinquante centimètres sous la ligne de flottaison, serait rendue inopérante pour la brasse !
Quand le pari est tenu, la sortie de bain est tout aussi spectaculaire : course frénétique, quoique entravée par ces fichus cailloux, (vous pouvez ramper, si vous le préférez, pour éviter la glaciale petite brise qui vous achèvera) jusqu’à la serviette salvatrice, hélas, déjà humide si vous avez dédaigné l’inconfort des galets pour la trompeuse mollesse du sable.
Et là, il est urgent – voire vital - de se rhabiller, de quitter le maillot de bain trempé, qui colle. Sur un pied façon flamant rose, la serviette autour de la taille, qui choisira le moment opportun pour vous laisser tomber et se laisser tomber mollement dans le sable, mouillé, toujours… alors que vous vous débattez rageusement avec des bretelles qui s’obstinent traîtreusement à ne pas glisser, qui s’entortillent autour du bras, là, juste où vous ne pouvez les atteindre malgré des contorsions désespérées.
A bout de forces, à peine réchauffé(e), vous vous effondrez alors sur votre drap de plage, pas trop quand-même, il est toujours mouillé, vous vous jurez de ne plus jamais vous départir de votre petite laine, rayée de préférence, quand une petite voix vous réclame :
« Tu veux bien aller chercher de l’eau dans mon seau ? C’est pour mon château… »

1 commentaire:

Gwenaelle Le Lannic a dit…

ça me parle bien!!!!!!!
signé une bretonne bien sûr!!
Gwen